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L’ambivalence de la récompense

Me voila repartie pour ma deuxième session des vendredis intellos de Mme Déjantée.

Bébé lit final

La semaine dernière j’avais parlé de deux lectures sur l’éducation et la communication non violente. Un mode d’éducation qui se caractèrise entre autres par une absence de punition mais également par une absence de récompense. Mme Déjantée, dans son rapport hebdomadaire avait souligné le fait que les méfaits des récompenses n’étaient peut-être pas quelque chose d’évident à saisir. En y réfléchissant, cela me semble tout à fait vrai et j’aimerais donc m’y attarder un peu plus, aujourd’hui.


Personnellement, j’ai appréhendé cette notion lorsque j’ai lu dans Enseigner avec bienveillance de Marshall B Rosenberg tout un récit sur une mise en situation fictive entre une enseignante et un élève au sujet d’une démonstration de violence de l’enfant. Pendant toute la mise en scène, il tente d’orienter l’enseignante pour entrer dans un fonctionnement non violent. A la fin l’enseignante explique à l’élève fictif qu’elle a apprécié cet échange et qu’elle a envie qu’il puisse s’amuser et que les autres élèves se sentent en sécurité. L’auteur explique après cela, sur trois pages « comment la reconnaissance peut-être ressentie comme un jugement ». Il dit entre autres : « Si elle l’avait récompensé par un jugement positif en lui disant :  » Tu sais, le fait de parler ensemble comme nous l’avons fait montre que tu es un très bon élève », cela aurait été tout aussi violent que de lui dire « Tu es un mauavais élève. » Mais ce n’est pas ce qu’elle a dit. Elle a parlé avec son coeur. Il est très difficile pour pour ceux qui ne pratiquent pas la Communication Non Violente d’entendre la reconnaissance qui vient du coeur. Pourquoi ? Parce qu’ils ont toujours vécu dans un monde qui entend la reconnaissance comme un jugement. Ils se demandent s’il l’ont mérité ou si on leur dit « merci » pour les récompenser; en effet ce mot est souvent utilisé comme récompense ce qui est le meilleur moyen de gâcher la beauté de la reconnaissance. »

Tout ceci me parle, car de nombreuses fois, dans ma vie, je n’ai pas été à même d’accepter des compliments ou des signes de reconnaissance. Il m’est arrivé de nombreuses fois de les prendre pour des jugements, exactement comme l’auteur l’explique parce que je n’étais pas habituée à ce qu’on me parle avec sincérité. Il s’agissait la plupart du temps de personnes en qui je n’avais pas totalement confiance, parce qu’elles m’avaient déjà jugées négativement de nombreuses fois. D’ailleurs la notion de jugement vaut tout aussi bien pour le négatif que pour le positif. Qui sommes-nous pour dire à une personne qu’elle fait mal quelque chose ? On se pose souvent cette question, mais se demande-t-on parfois qui sommes-nous pour dire à une personne qu’elle fait bien ? En gros, qui sommes-nous pour définir le mal ou le bien en tant que notion absolues ? Evidemment il y a des choses évidentes, je ne parle pas de cautionner des actes horribles ou de ne pas trouver un acte héroïque comme quelque chose de bien. Je parle ici des petites choses subtiles de la vie qui la rendent si complexe, je parle des choix que l’on fait quand en toute objectivité, plusieurs choix sont possibles et se valent. La subtilité réside peut-être aussi dans le simple fait de dire « Je trouve ça bien, ou selon moi c’est bien. »

ANE

Qu’en est-il de la question d’éducation ? Et bien je crois que l’on peut tout d’abord distinguer les récompenses verbales et les récompenses pragmatiques.

Quand l’auteur dit qu’il est tout aussi violent de dire qu’un enfant est un mauvais élève que de dire qu’il est bon élève, on peut se dire « non ce n’est pas pareil, dans un cas c’est valorisant, dans l’autre on dévalorise ». Ce n’est pas faux, évidemment. Mais moi ça me fait penser à une phrase qu’un formateur m’avait dite pendant ma formation,  » Vous avez dit à cet élève qu’il était sage, que c’était bien. Mais qu’est-ce que ça veut dire être sage ? Est-ce que vous le savez ? Et surtout est-ce qu’il le sait ? » A l’époque, j’avais trouvé que ma formatrice jouait avec les mots et exagérait franchement. Aujourd’hui, je commence tout juste à comprendre ce qu’elle voulait dire. Les mots ont leur importance, or le mot « sage » à une connotation éminement morale, elle est donc tout à fait porteuse de jugement, et elle pose le problème même dans le cas d’une remarque positive de sa compréhension par celui qui reçoit ce jugement. C’est vrai, que veut dire être sage ? Selon les cas, les situations ça n’aurait pas du tout le même sens. Est-ce que ça veut dire satisfaire la volonté de ses parents ? Même si c’est celle-ci est absurde par moments ? Est-ce agir en taisant son envie de s’exprimer en faisant ce que les autres attendent ? Est-ce être silencieux ? Je me fais donc la réflexion que le mieux serait peut-être comme l’incite l’auteur de ce livre, d’essayer de faire preuve de pragmatisme et d’objectivité. Quel est le message que je veux faire passer ? Moi en tant que personne, et non pas moi en tant que censeur  auquel il faut obéir.  On peut peut-être formuler les choses ainsi  » J’ai trouvé que c’était agréable que tu sois calme ( que tu ne cries pas, que tu ne te roules pas par terre …) pendant cette promenade car on a pu faire plein de choses tous les deux, et on a pu prendre tout notre temps. » Evidemment, j’interprète cette lecture à ma façon et en pratique c’est bien compliqué ! J’en ai conscience.

Cet auteur invite donc à faire attention à la manière dont on formule nos remarques positives. Cela ne veut biensur pas dire qu’on doit oublier d’encourager nos enfants ou  ne plus leur exprimer nos contentements et satisfactions mais peut-être prendre garde à ne pas formuler ce qu’on dit sous forme de jugements avec le risque de conditionner ainsi notre amour et notre bienveillance (dans l’esprit de nos enfants) à une sorte de modèle auquel ils vont se sentir obliger de correspondre.

Punitions_et_recompenses

En ce qui concerne la récompense non plus verbale mais davantage pragmatique. Je peux, en tant qu’enseignante (pas encore en tant que maman !) parler d’expériences vécues. Comme toute jeune enseignante un peu perdue par moments, j’ai testé les punitions et les récompenses.  Une année, j’ai utilisé un système qui permettait aux élèves les plus « sages » (hmhm) de gagner une image (liée au travail effectué en classe, je précise tout de même …). La distribution de ces images a été pendant les 2 mois où j’ai pratiqué ce système, un beau moment d’échec de vie commune. Les élèves qui recevaient ces images étaient bien évidemment ravis, et les autres élèves criaient à l’injustice et se montraient vexés comme des poux ( surtout les élèves aux comportements les plus difficiles !) et boudaient pendant toute la durée de la distribution. Au final, les comportements n’évoluaient pas, en gros ça ne servait à rien, et j’ai donc renoncé.

Maintenant que j’y réfléchis, je me rends compte que d’un côté, les élèves qui savaient comment se comporter en élève n’avaient pas besoin de récompenses, ils avaient intégré ce pourquoi ils venaient à l’école. A la limite les récompenser pour cela envoyait un message étrange, comme si travailler en classe était contre nature et qu’il fallait compenser l’effort fourni par quelque chose d’agréable. Alors que travailler pour apprendre tout un tas de choses est censé engendrer un bien-être à long terme  (bien-être d’autant plus réel qu’il s’agit d’enfants curieux), et que fait-on des élèves qui comme on l’a vu plus haut ne supportent pas d’être jugé même positivement ? Ou qui ne peuvent accepter ce jugement de la part de leur enseignante ?

De l’autre côté, les élèves qui avaient des problèmes de comportement avaient biensur des problèmes sous-jacents et complexes qui ne pouvaient évidemment pas être résolus par des récompenses ponctuelles alors que leurs problèmes étaient quasi permanents. Les récompenses distribuées aux autres venaient ajouter à leurs frustrations et surtout apportaient un jugement moral très mal vécus puisque dans ce cas ils étaient négatifs.

Evidemment, la manière dont j’ai pu conduire et investir ce système peut expliquer son échec, mais je me suis tout de même rendue compte que de donner des punitions tout comme de distribuer des récompenses, ne sert à rien,  à long terme. Même si je suis la première à reconnaître qu’on y vient facilement par manque d’autres idées, malheureusement.

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Comment appliquer tout cela dans le cadre de l’éducation de ses enfants ? Je n’ai pas la réponse, pour l’instant cela reste flou, mais je me rends compte que sur le principe je suis d’accord avec le message véhiculé par le principe de communication non violente. Et je pense surtout que la manière d’amener et de formuler les choses est essentielle, en gardant un esprit de bienveillance et d’empathie. Mais que c’est dur !

Mon article est déjà bien long (bon courage Mme Déjantée !) mais on pourrait aussi s’interroger sur les cas où les récompenses fonctionnent objectivement. Car cela arrive. On peut notamment  s’interroger  sur le message véhiculé à travers ces récompenses, et la réelle compréhension qu’en ont les enfants. Mais je vais m’arrêter là … pour cette fois !


 

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1 réponse »

  1. Merci beaucoup de ta contribution!!! Merci aussi d’avoir alimenté le débat de la semaine dernière!!!
    Cette question de la récompense néfaste à été l’une des plus troublantes pour moi lorsque j’ai commencé à lire des ouvrages invitant au respect des émotions de l’enfant… j’aurais donc quelques anecdotes à proposer pour tenter de répondre à ton avant dernière question!!!
    A lundi pour le débriefing!!!

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