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Le lâcher prise réfléchi

Depuis ma reprise du travail, j’essaye d’envisager ma vie autrement. En fait, non, pas depuis ma reprise du travail, depuis la naissance de ma fille, surtout. Mais c’est seulement depuis peu que j’arrive à mettre des mots sur mon changement de vision, sur mes envies.

En gros, et pour faire dans l’original, je tente de davantage profiter de l’instant et de tout simplement moins me prendre la tête. Profiter de l’instant c’est arrêter de sans arrêt me projeter dans l’avenir, d’organiser les projets futurs dès que j’ai atteint un but (j’ai cette sale habitude) et surtout voir les avantages du présent car aucune situation ne sera parfaite, il faut savoir voir la beauté dans l’instant. Sur ce point la reprise du travail m’y aide car je suis obligée de voir les bons aspets en tout pour ne pas sombrer dans la tristesse dès que je laisse ma puce en larmes chez la nounou. Chaque instant passé avec ma fille est un trésor et lorsque nous sommes séparées nous vivons des choses riches chacune de notre côté et ça aussi c’est chouette.

Moins me prendre la tête, comme dirait la kinésiologue que j’ai vue après la naissance de mini capuchon, ça ne signifie pas transiger sur mes exigences envers moi même et envers la vie que je veux mener. Mais ça signifie seulement se donner le temps de faire les choses, les faire par étapes et sutout en se faisant confiance. Cela je l’ai notamment compris en lisant Eduquer sans punitions ni récompenses de Jean-Philippe Faure. Il y est écrit « C’est parce que nous aimerions tant être des parents plus aimants, plus disponibles, plus quelque chose, que nous créons cette violence interne. Car nous savons bien le décalage entre là où nous en sommes et ce que nous souhaiterions vivre. Cette différence nous est insupportable et nous avons tendance à la masquer, à la refouler, créant une saturation émotionnelle … jusqu’au jour où nos barrages craquent. Et nous nous retrouvons en train de faire subir à nos proches un comportement que nous détestons.« 

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Il nous recommande d’accueillir le présent. Il est vrai que dans la vie, la frustration générée par le décalage entre réalité et envies peut être grande. Elle l’est d’autant plus lorsque l’on parle de nos envies d’éducateur, de parent car une bonne part de ce rôle n’est pas forgée par notre propre volonté mais par les interactions avec un être qui a sa propre personnalité et qui par son jeune âge peut nous sembler être une véritable énigme par moments.

Or, c’est vrai, il faut l’avouer ce décalage peut souvent être épuisant. Il est couteux en énergie, en bien-être, en tranquilité. Combien de fois on se déteste car on n’a pas eu le mot, le geste adéquat, combien de fois on s’en veut de ne pas avoir su gérer une situation, combien de fois on se demande quel impact cela aura sur la relation à l’autre, quel impact cela aura sur l’autre ?

L’auteur propose une communication en plusieurs étapes, en cas de conflit avec son enfant au moment de lui donner un ordre :

1- « je me donne un temps d’accueil ». S’écouter, écouter ses sentiments avec toute la violence que cela peut impliquer, le poids de la frustration aidant.

2- « quel choix surgit à partir de mon écoute ? » Se demander s’il vaut mieux mettre de l’ordre dans ses idées avant de parler ou si on est alors capable de s’exprimer tout de suite avec clarté.

3-« est-ce que j’arrive à prendre la responsabilité de mon exigence ? » Se demander si l’enjeu du conflit est clair, notre exigence vis à vis de notre enfant est-elle objective ou est-on aveuglé par notre propre frustration ?

4-« comment est-ce que je la formule ? » Il conseille de formuler son exigence sous forme d’ordre net, sans conpromis mais en mettant en avant notre vulnérabilité et en essayant de communiquer le sens de son ordre. Par exemple si on est fatigué, le formuler, expliquer pourquoi on donne cet ordre en terme de besoins. En revanche, ne surtout pas menacer, car cela reviendrait à affaiblir l’ordre que l’on donne.

5- « quel va être l’accompagnement qui va suivre ? » L’auteur encourage à demander plus tard comme tout cela a été vécu par son enfant, s’il a bien compris et ce qu’il a ressenti.

Evidemment, il ne s’agit pas d’une recette à appliquer telle quelle, mais je trouve la démarche intéressante à réfléchir. Personnellement, je trouve très bénéfique de prendre le temps de ressentir les choses avant d’agir, de faire la part des choses entre nos propres frustrations, et les exigences légitimes que l’on peut avoir vis à vis des autres. C’est un exercice au combien difficile mais si prometteur !

Alors forcément, ce type de résolution de conflits en 5 étapes ça peut être en totale contradiction avec le fait de moins se prendre la tête. Toujours réfléchir à ce qu’on fait ça peut rapidement donner la migraine et donc être prise de tête. Mais le lâcher prise réside peut-être justement dans l’idée de laisser derrière soi ses frustrations pour communiquer calmement et en prenant le temps de réagir, de répondre avec recul et reflexion. Comme je le disais plus haut, moins se prendre la tête ça ne signifie pas transiger sur ses exigences, ça ne signife pas moins réfléchir, c’est peut être seulement réfléchir avec un peu plus d’intelligence pour une économie d’énergie mentale …

Bébé lit final
Ceci était ma contribution au blog collectif des vendredis intellos.


 

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5 réponses »

  1. Merci de ta contribution!!
    C’est vrai qu’au début, la communication épanouie implique qu’on se prenne la tête!! Mais au fur et à mesure du temps, on arrive à automatiser certains trucs!! Te dire, à force d’acharnement, j’ai même réussi à en entendre de la bouche de l’Anté-pré-ado envers ses frères et soeurs!!
    Allez, à bientôt pour les débriefings!!

  2. En même temps, nos enfants ont besoin de limites, ont besoin de sanctions lorsque les bornes sont dépassées.
    Je crois aussi qu’il ne faut pas nous couper de nos émotions, qu’ils perçoivent nos colères, nos joies, nos peines.
    Il me semble aussi nécessaire qu’il y ait cohérence entre leurs actions et leurs conséquences.
    Mais 100% d’accord sur profiter des petits bonheurs du quotidien avec eux.

  3. @phypa, je suis bien d’accord sur le besoin de limites et sur les sanctions mais personnellement et de façon très pratique je trouve les punitions ne servent à rien. L’idéal est de trouver une façon de sanctionner intelligente, en faisant réparer par exemple, mais ce n’est pas toujours possible … en tout cas ce n’était pas tellement le propos de mon article, je trouve, en tout cas pas mon intention.
    Et je suis d’accord aussi sur le fait de montrer ses émotions, colères et joies, mais c’est le cas je trouve dans la communication non violente ou épanouie décrite dans ce livre. L’auteur accentue bien son propos sur le fait de s’exprimer sous forme de besoins et en toute honnêteté, et donc expliquer quand on est fatigué, quand on en a assez, et pourquoi. Par contre, agir sur le coup de la colère avec impulsivité, il y a une grande chance pour que ça soit une très mauvaise idée …
    @Mme Déjantée, ça doit être sympa à voir entre frères et sœurs. J’ai une amie qui m’avait raconté que son petit de 2 ans dit très fort dans le cabinet du médecin « Je ne suis pas content ! » Sa mère l’avait habitué à exprimer ses émotions dans le cadre de la communication épanouie et du coup son fils le faisait partout !

  4. J’aime ton article et surtout, je voulais dire que je suis comme toi : toujours besoin de me fixer de nouveaux buts dès l’instant où j’ai atteint le premier. Surtout pour les petits plaisirs de la vie en fait (activité ou week-ends prévus à tel endroit, avec telles personnes), parce qu’en fait, ça m’aide à voir passer les semaines de boulot plus vite. Avoir sans cesse des projets est ma façon de vivre les choses plus sereinement, de « patienter », d’avancer.

  5. Moi je le fais pour les petites choses de la vie mais surtout pour les gros projets … 6 mois après avoir emménagé on parlait déjà du prochain appart ! C’est épuisant d’être comme ça, non ?

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