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Les maux sans mots

Je suis parfois fascinée par la capacité qu’ont les enfants à s’exprimer pour des biais détournés. Incapables de mettre des mots sur leur ressenti, ils passent par des trajectoires étranges : troubles du sommeil, de l’alimentation, cris, violence ou comportements différents. Cela me fascine mais parfois cela m’exaspère aussi et j’ai envie de les secouer en leur disant « Mais dis-le !!!! » Bref, qu’ils crachent le morceau, ce truc enfoui au fond d’eux qui les travaille et les turlupine, ce machin parfois pas plus gros qu’un grain de sable et qu’ils ont le chic d’en faire une montagne. 

Mais voila le hic c’est que les enfants n’ont pas tous les outils, pas toutes les armes pour comprendre toute la complexité de notre monde. Ils n’ont pas non plus celles leur permettant de sonder le fond de leur tête et de leur coeur. Il leur est donc bien difficile d’identifier le problème, de mettre des mots et de les sortir. Nous autres parents qui vivons des moments parfois difficiles, avons parfois du mal à voir que finalement un enfant qui exprime son mal-être ou plus banalement ses préoccupations par des voies détournées c’est sain, et parfois même bénéfique, en tout cas beaucoup plus que l’enfant qui n’exprime rien du tout … 

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Depuis la rentrée, Minicap nous en fait voir des vertes et des pas mures, à coups de message à décrypter. Ainsi, la première semaine d’école, la belle s’est réveillée toutes les nuits. Elle faisait des cauchemars, pleurait, venait dormir dans notre lit. Pour une première semaine, rien de bien étonnant, surtout venant d’une petite fille très sensible. Changement de maîtresse, de salle de classe, et changement des deux tiers des élèves de sa classe, (tous ses copains se retrouvant dans l’autre classe), sans compter un changement de rythme avec l’absence de sieste en Moyenne Section, cela fait beaucoup pour un petit. Le seul résistant à la rentrée : l’ASEM de Minicap depuis la Petite Section et qui est super, ouf ! Les 10 premiers jours, nous aussi vu notre Minicap avoir deux accidents pipi en sortant de l’école, je l’ai soupçonnée de ne pas demander à aller aux toilettes, par crainte de la réaction de la maîtresse, mais sur ce point après une petite discussion avec la belle, tout est rentré dans l’ordre.

La reprise des habitudes a suivi son cours et Minicap a semblé plus sereine. L’ASEM m’a même confirmé que Minicap était beaucoup plus épanouie, parlait plus et participait davantage en sport. Seulement voila, depuis une semaine, Minicap a recommencé à mal dormir. Et quand je dis mal dormir, je fais preuve de tact car en réalité elle nous fait vivre un enfer. Elle débarque pour dormir avec nous et hurle 10 minutes d’affilée si nous refusons. Si nous cédons, elle est capable de nous réveiller quelques heures plus tard en nous donnant des coups de pied sans arriver à s’exprimer correctement. Inutile de préciser qu’à ce petit jeu, c’est l’énervement qui gagne et toute la famille termine sur les nerfs. D’autant que Petite R subit la situation, avec son regard de bébé étonné qui ne comprend pas pourquoi une petite fille hurle en pleurant au beau milieu de la nuit. Il y a deux nuits, au bout d’un énième énervement à bout de nerfs de barbe de 4 jours et de moi-même, nous avons fini tous les trois dans la cuisine à 5 heures de matin pour avoir une conversation poussée. Minicap a fini par me dire entre deux sanglots qu’un petit garçon de sa classe la tapait dans la cour et à la cantine. Ce petit garçon elle m’en avait déjà parlé et j’avais bien repéré que Minicap commençait à avoir peur de la cantine. Je l’ai donc rassurée, lui ai rappelé qu’absolument personne n’avait le droit de la taper et évidemment, dès le lendemain nous en avons parlé avec la maîtresse. Seulement voila, je sais bien comme cela est monnaie courante à l’école, en particulier dans ces temps de flottement que sont les récréations et le temps du midi. Par ailleurs, Minicap est pour moi la cible type des enfants un peu récalcitrants. C’est une petite fille calme, sur la réserve, qui n’ose pas trop mais qui est toutefois assez joyeuse pour avoir une vie sociale avec les autres enfants. Elle ne s’exclut pas mais ne s’impose pas non plus pour autant. La cible idéale en somme. 

J’espère donc qu’elle arrivera à s’imposer face à ce petit garçon, ou tout du moins qu’elle arrivera à dépasser la crainte qu’elle éprouve. Je tâcherai de rester vigilante à tout signe de basculement vers quelque chose de vraiment préoccupant (si Minicap commence à vraiment avoir peur d’aller à l’école par exemple). Cependant, je suis quasiment sure que les problèmes de sommeil de Minicap ne viennent pas que de cette histoire. Je soupçonne la belle d’être encore un peu perturbée par l’attention que l’on porte à sa sœur. Car elle a passé les premières semaines d’école à me demander si je travaillais, ce que je faisais de mes journées. Et je vois bien qu’elle recommence à essayer d’attirer l’attention coûte que coûte, comme si de passer les journées à l’école, sachant que Petite R ,elle, est à la maison avec maman, ne lui faisait pas particulièrement plaisir. 

Je trouve ce cheminement compliqué pour Minicap. Je sais qu’il l’est pour beaucoup d’enfants mais je trouve cela difficile à vivre. Dès que j’ai l’impression qu’elle est enfin sereine, quelque chose nous refait basculer dans des incertitudes. D’un côté, cet été, Minicap  a incroyablement progressé, elle s’est affirmée, a grandi. De l’autre, elle continue de nous tester, de nous pousser à bout pour vérifier notre amour. Or à force, j’ai peur que nos relations avec elle s’abîment. A force d’énervements et de mots de trop, à quel moment risquons-nous de la blesser sur la durée ? Face à toutes ces manifestations de colère et d’inquiétudes, j’ai décidé de prendre rendez-vous avec une psychologue. Je n’envisageais pas une thérapie à proprement parlé (d’ailleurs je crois que cela ne se dit pas ainsi pour les tout petits) mais seulement un rendez-vous avec la psychologue de la PMI, présente notamment en cas de problèmes dans les fratries, ou de manifestations telles que le trouble du sommeil. Je sais comme cela peut être incroyablement bénéfique pour les enfants de cet âge-là. Le simple fait de se sentir écouté, entre 4 murs, par une personne extérieure, même une seule fois, cela peut être miraculeux. 

Ce rendez-vous a eu lieu hier matin. Minicap a fait l’école buissonnière et nous sommes parties toutes les deux sous la pluie. Je n’avais aucune idée de la façon dont cela allait se passer. Mais j’avais tout de même expliqué à la puce que nous allions voir une dame avec qui nous pourrions parler de ce qui se passe à la maison en ce moment, car je m’inquiétais pour elle, j’avais l’impression que ça n’allait pas trop. Minicap a fait la moue mais n’a rien dit de plus. Lors du rendez-vous, après avoir expliqué la situation à la psychologue pendant que Minicap dessinait à côté de moi, je les ai laissées toutes les deux pendant une dizaine de minutes. A mon retour, nous avons fait un bilan, en partie avec Minicap et une partie sans elle (elle essayait d’attirer l’attention pendant que nous parlions alors la psychologue lui a proposé de jouer dehors). Conclusion : Minicap est en colère mais cela est tout à fait normal après la naissance d’une petite soeur, la psy m’a même dit que c’était beaucoup plus sain une colère exprimée et qu’il n’y avait rien à faire d’autre qu’attendre que cela passe. Donc chers parents qui venaient d’ajouter un enfant au compteur familial, soyez rassurés, la colère passe ! En revanche, et cela m’a un peu fendu le coeur quand la psy me l’a annoncé, elle a décelé chez Minicap une certaine tristesse. Je m’en doutais (je n’avais pas pris ce rendez-vous par hasard) mais de l’entendre, cela m’a serré la gorge. Rien de grave, mais selon elle il ne faut pas laisser cette tristesse s’installer. Par ailleurs, il semblerait que Minicap explique très bien les choses, qu’elle a beaucoup parlé. Elle se sentirait quelque peu exclue avec d’un côté son père, Petite R, moi et de l’autre elle. Alors que dans le même temps, elle rêve encore d’une vie seule avec maman (elle a dessiné le royaume de maman …) 

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Bref, si je ne suis pas du tout surprise, cela m’a tout de même attristée. Ayant moi-même vu une psy pendant près d’un an, je sais que le but de la démarche n’est pas de révolutionner les choses mais juste de mettre des mots sur les maux pour pouvoir ensuite agir. Je savais bien que les quelques moments passés seule à seule avec Minicap, à la maison ne suffisaient pas, je savais bien que de garder Petite R dans notre chambre n’était pas l’idéal et enfin je savais que nos énervements à barbe de 4 jours et moi étaient totalement néfastes pour Minicap. Mais quand on est pris dans l’engrenage du quotidien, on a du mal à sortir la tête de l’eau. Là d’en parler posément, cela permet de prendre conscience qu’il y a quelques petites choses à changer.

Concrètement, la psy m’a conseillé d’organiser des petites sorties régulières seule à seule avec Minicap, des sorties toutes simples, un petit verre, un tour au square … etc. Elle nous conseille de faire dormir Petite R dans la chambre avec Minicap et plus avec nous (bon ça je vous avoue, je ne suis pas encore tout à fait prête, mais je prépare le terrain pour le faire bientôt !) et de ne pas forcément faire manger Minicap à la cantine tous les jours. Et pour finir, l’impératif est de casser le cercle vicieux dans lequel nous nous sommes enfermés, à savoir que les crises de Minicap engendrent de la fatigue et de l’énervement qui viennent engendrer le mal-être de la puce qui nourrit les crises … etc. Pour cela, elle m’a suggéré de prendre le contre-pied de la situation, de ne pas m’énerver quand d’habitude je le ferais, de déroger à certaines règles parfois quand cela peut rassurer Minicap (quand par exemple elle veut dormir avec nous).

Il semblerait aussi que l’affaire avec le petit garçon qui l’embête à l’école serait à prendre au sérieux car Minicap a décrit des gestes assez violents à la psy (chose qu’elle n’a pas faite avec nous). Je compte donc en parler cette fois aux animateurs. Et si cela continue, j’en connais un qui risque de perdre son sang froid … 

Je suis donc pleine de bonnes intentions quant à l’avenir. Ces derniers temps, l’ambiance à la maison était assez horrible avec Minicap et cette petite séance m’a permis de me remémorer mon rôle, celui de protéger ma fille. Or comme me l’a dit la psy, Minicap a encore énormément besoin de se sentir MA petite. Cette phrase résonne en moi, l’aurais-je oubliée ? Pas facile de jongler entre deux enfants. Comme toujours l’amour que l’on porte est immense pour chacun mais organiser son attention pour tous, que c’est dur ! 
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9 réponses »

  1. ca me fend le coeur de te lire car ça m’angoisse de penser que mes enfants pourraient subir ça à l’école … putain de sales gosses qui tapent :p
    et pour prendre du temps avec elle, la psy à raison c’est important mais c’est normal qu’il te faille du temps 🙂 ma petite à 17 mois et j’essaye au moins une fois par mois de sortir avec mon fils, faire du skate, aller à la piscine, ou aller voir les l’égos géants à la défense … garder son calme aussi c’est dur, mais ici j’y arrive parfois, quand il s’énerve je cede et lui fais un gros câlin pour l’apaiser, mais franchement tout ça n’est pas facile 😦 courage ❤

    • Oui, c’est pas bien agréable de penser que son enfant se fait mal mener. Surtout que je n’arrive pas à savoir quelle importance y accorder. Ce n’est jamais très clair avec un enfant de 3 ans qui raconte ce qui s’est passé et le discours des adultes qui ne voient pas tout … Pour le fait de sortir avec son aîné, je trouve cela important et même si j’ai du mal à laisser mon bébé, je fais régulièrement des activités à la maison juste avec Minicap, et de temps en temps on fait des petites sorties deux. Mais visiblement cela ne suffit pas ! Bon courage à toi aussi !

  2. J’espère vraiment que tous se passera bien dans les jours à venir, et que cela reste un mauvais souvenir, c’est sûr que la situation n’est pas facile pour toi
    Courage et surtout patiente

  3. J’espère que tout va s’arranger pour vous! Pas facile de gérer tout ça en même temps : notre fatigue, leur stress, mais aussi leurs provocations etc. Je ne peux que te comprendre!
    Vous allez prendre un second RDV?

    • Je peux si on en éprouve le besoin mais d’après ce que j’ai compris, la psy de la PMI n’a pas vocation à suivre un enfant sur le long terme. J’imagine qu’après elle oriente vers quelqu’un d’autre.
      Je retourne à la PMI pour petite R dans deux semaines, je verrai comment ça va d’ici là.

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