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La vieille photo

Sur cette photo, j’ai 3 ans. Une coupe à la garçonne un peu désordonnée, un sourire et des yeux malicieux que j’ai longtemps gardés. J’ai peu de souvenirs de cette époque, j’en sais surtout ce que l’on m’a raconté. J’étais une petite fille difficile, têtue et qui savait ce qu’elle voulait. Je refusais de porter autre chose que des robes car un enfant m’avait prise pour un garçon et je faisais des crises pas possibles pour des histoires de chaussettes, de culottes ou de chaussures qui ne me convenaient pas (un peu comme ma fille …) et je raffolais des glaces et autres gourmandises.

Moi je me rappelle d’une cour d’école avec des champignons géants, sous lesquels je me cachais, du bithume gris et moche, je ne m’y plaisais pas. Un an plus tard, je partais vivre en Egypte, puis bien plus tard, en Tunisie. Mon enfance dans ces contrés fut belle, remplie de week-ends dans les dunes, de virées en 4×4 et de bivouacs avec les amis des parents et leurs enfants. Le tout avec en arrière fond des monuments magiques : les pyramides, les temples, puis ces grandes statuts de dieux et de déesses mystérieux à la tête de chien, de chat et de crocodile. Je rentrais à la maison, j’avais peu de contraintes, mais peu d’attentions aussi, j’écoutais mon grand frère me raconter ses journées de collégiens et je rêvais.

 Mon imagination était débordante. Je rêvais à des mondes inconnus où j’étais la reine, j’imaginais des dénouements un brin magiques à mes histoires. Plus tard, j’ai même commencé à écrire, puis en grandissant j’ai arrêté. Parfois je regrette ce temps où ma tête m’emportait un peu partout dans les méandres d’histoires rocambolesques. Et aujourd’hui, j’envie cette capacité qu’ont les enfants à imaginer encore et toujours avec tant de facilité alors que cela est devenu tellement ardu pour moi. Dans ma chambre, au Caire, j’ouvrais ma fenêtre pour appeler Peter Pan de tous mes vœux. Mais il n’est jamais venu … Peut-être que ses visites se limitent à Londres …

J’avais un grand frère qui me construisait des villes avec des livres, faisait vivre mes poupées et m’apprenait des tas de nouveaux mots. Mais c’était aussi le type de grand frère farceur qui me faisait croire qu’il y avait un requin près de moi dans l’eau ou qui me faisait faire, l’air de rien, des comparaisons d’écriture entre celle de notre maman et celle de la Petite Souris qui me laissait toujours un mot. Il a eu beau essayer de me faire découvrir le pot aux roses, je n’ai jamais fait le lien !

J’étais un vrai garçon manqué, les filles m’ennuyaient, les garçons par leur franc parler m’intéressaient davantage. J’étais un petit casse-cou, d’ailleurs pourquoi me serais-je inquiétée ? Je me croyais immortelle car une fois j’avais bu l’eau du robinet non potable et n’en étais pas morte ! Si j’ai changé depuis, pendant longtemps j’ai eu mal à me rendre féminine, à prendre soin de moi, à faire attention aux détails. Encore aujourd’hui, certaines choses me paraissent trop futiles pour que j’y prête attention.

petite

 

De cette jolie vie à l’étranger, j’ai gardé une vague impression de n’être jamais à ma place et de ne pas savoir où est mon chez moi. Il faut dire que petite, j’ai eu bien du mal à me faire à Paris, à la ville grise, au froid et aux manières un peu rudes des gens et des enfants. Ajoutez à cela une maman vietnamienne, tiraillée entre ses deux cultures européenne et asiatique, cela vous donne des racines un peu distendues. Mais j’en garde aussi le goût des voyages, des découvertes, l’attirance pour l’inconnu, et j’ose espérer une ouverture d’esprit. 

Aujourd’hui, j’ai toujours un peu de mal avec la rudesse des gens, j’ai gardé un cœur un peu naïf et rêveur. Mais finalement, je m’y retrouve dans tout ça. J’essaye d’employer mon entêtement à des fins utiles et de construire ma vie avec une certaine forme de liberté. Mes filles m’y aident beaucoup et le rôle de maman me plait drôlement. J’essaye de maintenir ce lien fort et spécial avec mes petites, celui qui s’est brisé il y a longtemps avec ma maman, quelque part entre la petite enfance et la pré-adolescence, à force de disputes, d’incompréhensions et de gifles aussi. 

Parce que nous avons toutes cette petite fille au fond de nous, qu’elle nous cimente et nous construit un peu plus chaque jour, j’ai voulu moi aussi écrire ce billet. Je pense à elle pour essayer de faire au mieux et d’être heureuse. 

Merci Ritalechat et toutes les autres pour ces jolis billets
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5 réponses »

  1. Très chouette article 🙂 en effet, cela fait résonance à la petite fille qu’il y a en moi (dis la fille qui porte aujourd’hui un bonnet de père noël des couettes et un pull bonhomme de neige ^^) C’est tentant de se replonger dans ces années, et de revoir les vieilles de photos de petite fille blonde à l’air malicieux. C’est en effet à elle que je dois aujourd’hui mon imagination toujours aussi débordante qu’avant, mon insouciance parfois, et surtout mes rêves en grand…

    • Hé oui ! J’ai même failli naître en Afghanistan et j’aurais pu passer mon bac à Londres, si j’avais voulu. Minicap a mes yeux un peu, mais la bouche de son père. Petite R par contre va encore plus me ressembler je pense !

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