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Se remettre d’une dépression du post-partum

Cela commence par une sensation, une sensation de bonheur mais surtout d’intensité. Tout est exacerbé, dans la tête mais partout dans le corps aussi, et surtout dans le cœur qui ne fait que se relancer à coup d’adrénaline. Elle est si forte cette adrénaline, je finis par me demander si je vais réussir à m’endormir. Mais finalement, j’ y arrive, ce n’est que le premier soir, l’épuisement prend le dessus.

Puis le lendemain, au réveil je réalise. L’excitation incroyable de me dire que je suis mère et dans le même temps une sensation de vide intense. Un vide dans le ventre et un vide tout court,  d’ailleurs où est mon bébé ? Tout est un peu flou, je comprends à peine ce que l’infirmière vient expliquer, une histoire de fer et de vitamines à prendre. Elle les dépose sur une table, à l’autre bout du lit, seulement je ne peux pas me lever, tant pis pour les médicaments. Soudain, arrive en trombes une sage-femme avec mon bébé qui hurle « On ne peut plus rien faire maintenant ! C’est à vous de jouer ! » A moi de jouer, ok.

Je suis soulagée de retrouver ma petite mais le moment n’est pas serein. Elle hurle, j’ai perdu beaucoup de sang la veille, je peux à peine bouger de mon lit. Alors j’approche son berceau tout contre mon lit et je la prends dans mes bras. Je lui donne la tétée, difficilement mais on essaye toutes les deux.

Je ne le sais pas encore mais c’est comme ça que se dérouleront tous ces prochains jours : le flou de ma fatigue, le manque de considération du personnel médical, mon bébé que j’aime si fort mais qui pleure sans que je puisse forcément l’aider.

Puis, en plus de la fatigue de l’accouchement compliqué, arrive une nouvelle donnée. La nuit, je ne dors pas. Non pas que mon bébé me réveille, mais parce que je n’arrive pas à m’endormir. Cette fichue sensation de trop plein, trop plein d’amour, trop plein de changements, trop plein d’excitation ! Que va devenir ma vie à présent ? Quelle vie sera la sienne ? Comme à mon habitude, j’anticipe trop, je me pose trop de questions. Sauf que pour la première fois de ma vie, cela n’engage plus que moi. Mes angoisses et mes questions prennent le dessus sur tout le reste car elle est là. Et bon sang, elle n’a beau faire que 48 cm, qu’est-ce que je l’aime déjà ! Et oui, je l’aime, je l’aime plus que tout et alors avec l’amour vient la peur. La peur de mal faire, la peur de la blesser, de me tromper, la peur de la perdre, la peur de la mort … Alors la nuit je ne dors plus.

Le jour, je voudrais dormir, parfois je somnole mais vient du monde. Des visites qui parfois me font plaisir, d’autres fois m’épuisent ou me font même du mal. J’en ressors vidée, parfois meurtrie. Je voudrais dormir mais il faut se lever pour apprendre les gestes de soin. L’auxiliaire me trouve l’air fatigué, et effectivement, je dois réfléchir intensément pour comprendre tout ce qu’elle me dit. J’ai l’impression de passer un examen alors que j’apprends juste à nettoyer un nombril.  Je suis mère depuis 2 jours, je n’ai presque pas dormi depuis autant de temps et je ne le sais pas encore mais je manque cruellement de fer. 

Je vois des étoiles au plafond, je me dis que c’est le lot de toutes les mères, nous sommes toutes fatiguées finalement après un accouchement. Tout le monde semble trouver cela normal. Il n’empêche, je suis fatiguée alors je pleure. C’est le baby blues à ce qui parait, sauf que ça me crève le cœur et tout va trop vite. Je voudrais que mon homme reste près de moi, je voudrais rentrer à la maison avec mon bébé, en même temps j’ai la trouille. Bref, je ne sais plus où j’en suis. Je n’ai que 2 certitudes. J’aime ma fille, et je veux l’allaiter. Quand on me dit que je peux renoncer à l’allaitement si je suis fatiguée, cela m’agace profondément. Alors je m’accroche à ma certitude car il ne m’en reste plus beaucoup.

En partant de la maternité, après des perfusions de fer et 6 jours allitée, la sage-femme me donne le numéro de la psychologue. Elle voit bien que ça ne va pas, je lui raconte un peu ma vie entre deux larmes. Et puis stop. La vie reprend son cours. J’essaye de me remettre de la fatigue, de découvrir mon bébé avec son père et nous tentons de nous remettre des affres de ces premières nuits agitées. Parce qu’en plus de tout le reste je n’ai pas envie d’ajouter la culpabilité d’aller mal alors que je viens d’avoir un bébé.

Seulement voila, 2 mois plus tard, je recommence à ne plus dormir. Je pleure la nuit car la perspective d’être séparée de mon bébé me hante et me submerge. J’ai peur aussi de faire garder ma fille par une personne en qui je n’ai pas confiance. Pour couronner le tout, Minicap a un torticolis du nourrisson. Cela réactive en moi tout un schéma : la peur de ne pas pouvoir la protéger, la peur qu’elle ait mal ou qu’elle soit défigurée (rien que ça …). Alors j’angoisse de nouveau et avec le manque de sommeil vient tout le reste : déprime, tristesse, mal-être. Je n’en vois plus le bout. Je passe mon temps à pleurer.

Aussi, je décide de faire quelque chose. J’en parle à ma sage-femme et pendant un an je vais consulter une psychologue. Cela m’a sauvée. Quand on ne peut plus communiquer avec ses proches, quand on a soi-même du mal à comprendre ce qui se passe dans sa propre tête, il est temps, selon moi, d’aller voir une personne extérieure dont c’est le métier. Parler à une psychologue ne règle aucun problème en soi, mais cela permet d’identifier leurs origines. Quand ils remontent à l’enfance, cela a énormément d’importance. Démêler le fil, comme disait ma psy, c’est exactement cela. Démêler le fil pour comprendre ce qu’on ressent, pour comprendre ses propres schémas de fonctionnement mais aussi ceux de son entourage et surtout démêler le fil pour injecter un peu de bienveillance dans sa vie. De la bienveillance envers les autres, comprendre pourquoi ils sont ainsi et laisser de côté ce qui doit l’être. De la bienveillance pour soi aussi, comprendre qu’on n’est pas responsable de tout et qu’on est aussi victime du passé. Et puis démêler le fil pour aussi poser des limites, ses limites. Ne plus se laisser envahir par ce qui nous fait du mal, poser les limites claires à imposer à tous car passé un certain âge il convient aussi de se positionner un peu plus clairement et ne plus subir. Bref, se faire confiance pour aller bien, car c’est finalement le plus important quand on devient parent : aller bien pour que nos enfants aillent bien.

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J’ai mis du temps à digérer cette petite dépression du post-partum, suite à la naissance de mon aînée. Je dis petite, car finalement les conséquences n’ont pas été graves et cette dépression n’a pas duré longtemps. Ce n’est pas toujours le cas. Comme me l’a dit ma psy, à l’époque, je suis venue la voir avant que cela ait des répercussions sur Minicap mais combien de parents tardent trop avant de se faire aider ? J’ai mis du temps à en parler mais il me semble important de le faire car c’est un sujet encore bien tabou. Pourtant il y a tant de choses à faire pour aller mieux, il y a tant de choses à faire aussi pour faire tomber les préjugés sur la parentalité, sur la période qui suit une naissance. Non, ce n’est pas anodin et non ça ne se passe pas toujours sans encombre. Un peu de bienveillance aussi, par pitié … 

Aujourd’hui, je me sens beaucoup plus sereine. Je n’aime pas dire cela mais j’ai la sensation que la naissance de ma deuxième puce m’a guérie de quelque chose. Cela m’a apaisée, m’a affirmée en tant que mère. J’ai pris des décisions tranchées, que j’ai assumées sans aucun état d’âme. Je n’écoute plus que d’une oreille certains propos qui autrefois me faisaient du mal. Aujourd’hui, je me sens droite dans mes bottes. Etre mère de deux enfants, cela permet peut-être de rendre le tout moins intense. A moins que ce ne soit la fait de voir Minicap grandir. Je me rends compte que malgré tous les doutes, finalement Barbe de 4 jours et moi on ne se débrouille pas si mal que ça.

Je suis persuadée qu’il faut du temps et de la patience pour guérir des blessures. Or, c’est exactement ce dont on manque aujourd’hui. On oublie aussi, selon moi, à quel point nous ne sommes que des petits mammifères aux réactions tantôt primaires, tantôt complexes . A la naissance d’un enfant, tout ce que notre esprit a voulu retrancher dans un coin, remonte à la surface et il faut faire avec qu’on ait ou non les moyens de le verbaliser, de l’exprimer. Alors j’espère vraiment que tous les parents qui se sentiront mal à un moment donné sauront trouver une oreille attentive, de l’apaisement et au final surtout beaucoup d’amour.

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14 réponses »

  1. ♥ Merci pour ce beau témoignage. Ce n’est pas facile d’en parler et je suis certaine qu’il parle à beaucoup de mères.

  2. C’est si bien dit !
    J’ai connu ça aussi à la naissance de ma grande, la peur panique, l’angoisse, les réflexions que je prenais trop à cœur et le personnel médical pas très encourageant. Finalement je me rends compte que je m’en suis sortie « seule » mais que j’ai eu beaucoup de chance même si mon homme et ma mère ont été de sérieuses aides.
    Comme toi la naissance de ma 2e m’a affirmée en tant que mère et m’a calmée.
    Alors je ne te parle même pas de l’arrivée de mon petit homme, 3e de la fratrie. Plus personne ne me fera mettre en doute mes principes et mon mode d’éducation, non mais oh nous sommes les mieux placées pour savoir ce que nos enfants ont besoin !!!
    Bravo pour ce texte si bien écrit.

  3. Très bel article. Ce n’est pas simple de relater un événement comme celui-ci. Comme beaucoup d’autres mamans je me suis hélas bien reconnue. Triste période. Le plus dur aura été pour moi la violence des propos de mes parents, qui était agressif envers moi lorsque j’allais mal car après 3 fausses couches je n’allais tout de même pas me plaindre d’avoir un bébé…bref, comme toi je vais mieux grâce à ma deuxième aussi. Et grâce à des témoignages comme le tient qui m’ont allégés de ma culpabilité. J’en profite pour te féliciter pour ton blog. Je le trouve simple, juste et surtout tellement humain. Je suis plutôt sensible voire à fleur de peau et je me reconnais souvent dans tes articles. Je ne laisse pas souvent de commentaire, mais je te lis tout le temps et je voterai à chaque passage pour toi pour les golden blog.

  4. Tes mots résonnent fort en moi…
    Accouchement pas assumé, difficulté d’attachement, dépression.
    J’ai été sauvé par une rencontre miraculeuse, de longues balades en écharpe.

    Aujourd’hui après un 2ème bébé, comme toi je me sens guérie…apaisée, sereine et bienveillante envers moi-même !

    Je n’ai jamais commenté mes nombreuses lectures de blogs, mais je peux dire que si j’avais lu ton billet lors de la naissance de ma 1ère fille, ça m’aurait beaucoup aidé !

    Merci !

    • Je viens ton lire ton message ! Il me va droit au cœur. Oui, sortir de l’isolement permet de comprendre que l’on n’est pas seules à vivre cette situation, et ça fait tellement de bien.

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