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Sur la route

Je suis véritablement parisienne depuis mon adolescence. De fait comme beaucoup de parisiens de longue date, j’ai longtemps été atteinte de ce mal que j’appellerais la « flemmingite du volant ». En effet, si à 16 ans, je me voyais déjà fièrement au volant d’une voiture, la rêverie n’a pas rapidement fait place à la réalité. Comme beaucoup d’ados, j’ai traîné, pas vraiment secouée par mes parents sur ce sujet, je ne me suis tout simplement pas prise en main pour m’inscrire. A ma décharge, je crois que j’avais alors déjà beaucoup à faire pour tenter de survivre socialement et scolairement, il ne restait que peu de place dans mon esprit pour autre chose. Puis à 18 ans, le bac à préparer, ma première histoire d’amour, j’ai totalement renoncé.

Pendant bien des années, je n’ai absolument pas éprouvé le besoin de me lancer. D’abord car autour de moi, il était assez commun de ne pas avoir le permis. Nous étions une bande de copains piétons et cela ne nous empêchait absolument pas de sortir dans Paris le soir ou de partir en vacances ensemble en train. Puis, plus tard je me suis mise en couple avec un as du volant, au bras de mon « chauffeur personnel », la flemme s’est faite d’autant plus forte. Mon compagnon d’alors conduisait très bien et avec plaisir, aussi je le laissais nous guider dans nos déambulations sans trop me poser de questions.

Puis, il y a toujours une raison pour ne pas passer le permis. Tout d’abord cela coûte une fortune, surtout si on sait comme moi que le forfait de 20h sera vite explosé. Cela prend du temps : réviser le code, passer les tests, pouvoir se libérer plusieurs heures par semaine, c’est prenant. Il y a eu les études, le temps passé à lire, à réviser, ensuite les premières années de travail avec une montagne de choses à faire, et enfin les enfants … Il y a toujours eu une bonne raison pour ne pas se lancer. En réalité, même si on prend le problème par tous les bouts, la triste vérité est que j’avais tout simplement la trouille.

Oui, la trouille. Cela peut paraître drôle pour certains, mais pour moi la conduite a toujours été associée à l’idée d’un accident potentiel. Je n’aime pas la vitesse, pas la mécanique et encore moins la gestion des déplacements. On dit souvent qu’il existe plusieurs sortes d’intelligence,  notamment une pour la gestion des déplacements dans l’espace et une autre permettant au corps d’effectuer des actions données. Me concernant, je crois que dame nature ne m’a dotée que d’un très faible pourcentage de l’une et l’autre intelligence. Je me suis toujours perçue comme étant totalement nulle en sport,  je suis d’ailleurs d’une maladresse maladive et croyez-moi on peut l’être tout autant au volant d’une voiture …

Ce qui me terrifiait le plus dans l’idée de conduire était certainement d’être totalement aux commandes. Etre le maître à bord alors que je me sentais déjà si peu à l’aise, c’était difficilement envisageable. Puis j’ai rencontré Barbe de 4 jours. Lui aussi est un sans permis. Nous avons réussi à nous débrouiller, jusqu’au jour où Minicap est née. Sa simple naissance a emporté nos certitudes sur l’utilité ou non d’un permis puisque la question de la voiture s’est imposée dès la sortie de la maternité. Ce départ fut à l’origine de la première d’une longue série de demandes de service à mon entourage pour nous transporter.

Le temps a passé, Barbe de 4 jours devait s’inscrire puis les choses ne se sont pas faites. Après la naissance de Petite R, voyant à quel point le fait de ne pas avoir de permis pouvait nous pénaliser, en particulier pour les vacances en famille, je me suis décidée. Le fait que ma meilleure pote, trentenaire sans permis aussi, se soit inscrite m’a d’autant plus donné le courage de franchir le pas. Pourtant le moment n’était pas forcément idéal : j’étais alors en congé parental, sans le sou et affublée d’un bébé joli.

Je me rappelle encore des premières séances, dans la petite salle obscur, de mes passations de tests, les déconvenues au moment des résultats, le besoin que j’avais de comprendre la logique dans son ensemble du code de la route. Finalement, la plupart des questions demandent seulement du bon sens, pour le reste il faut apprendre par cœur ou comprendre « l’esprit code » comme pour tout examen.

Seulement 5 mois après mon inscription, faisant toujours 14 fautes par test, la gestionnaire de l’auto-école m’invita poliment à me bouger les fesses pour m’améliorer. Le déclic vint avec l’utilisation des tests illimités sur internet. J’ai alors passé des soirées entières à enchaîner les tests. Puis j’ai fini par atteindre les 6 ou 7 fautes maximum ce qui m’a permis d’accéder à l’examen, que j’ai eu du premier coup.

J’étais ravie d’avoir eu le code, mais je savais au fond de moi que les choses sérieuses commençaient alors. Je le redoutais et la suite m’a donné raison. En effet, j’ai mis un temps infini à atteindre le niveau de conduite attendu pour pouvoir se présenter à l’examen du permis. Et le chemin fut difficile. Outre le fait d’avoir dépensé l’équivalent d’un voyage à l’autre bout du monde, cela m’a été très difficile de vaincre mes peurs, de me faire confiance, d’accepter aussi le regard du moniteur et d’accepter les remarques parfois acerbes et peu pédagogiques.

Certains ne se privent pas de faire des remarques sèches, de s’énerver, de soupirer, ou pire de faire des tentatives d’interprétation de la personnalité pour comprendre comment fonctionne l’alien l’élève qu’ils ont à côté d’eux. Ce fut pour moi une véritable expérience qui m’a aussi permis de me mettre à la place de mes propres élèves. J’ai en effet pensé à eux, à ceux qui ne comprennent pas du premier coup, qui n’y arrivent pas, à la façon dont ils pouvaient percevoir les remarques et surtout le ton employé par les professeurs … Ce fut très instructif.

Heureusement, j’ai surtout conduit avec un moniteur qui pouvait parfois être particulièrement dur, mais qui essayait la plupart du temps de m’aider. En un an de conduite, j’ai eu l’impression d’établir une relation particulière avec lui. Nous avons passé un nombre innombrables d’heures ensemble, seuls face à mes échecs ou réussites dans un domaine qui me mettait mal à l’aise et ce n’est pas une mince affaire. 

C’est aussi les quelques cours, avec le chef, plus pédagogue que les autres moniteurs qui ont réussi à me faire progresser. Il a eu le mérite de trouver les bons mots, pour me faire comprendre des choses toutes simples mais qui restaient obscures pour moi. Cela m’a permis d’avancer. Mais l’année fut rude, quand on a déjà une vie qui n’est pas forcément toujours rose au quotidien et qu’il faut en plus bloquer plusieurs heures par semaine pour un projet que l’on vit difficilement ce n’est pas simple. Il faut se forcer parfois, se faire confiance beaucoup et songer à l’avenir. Plus d’une fois j’ai eu envie de laisser tomber, en mars dernier j’ai même été à deux doigts de renoncer. J’avais vraiment l’impression que je n’y arriverais jamais. A quoi bon dépenser plus quand on n’aboutira jamais au résultat escompté ? Finalement c’est une autre question qui a pris le dessus, « à quoi bon arrêter après avoir tant dépensé ?! »

J’ai donc pris mon courage à deux mains et continué. Il m’a fallu mettre de côté les réflexions désagréables et faire comme si tout allait rouler, si je puis dire. Tout un travail d’auto-persuasion.

Enfin, une belle journée de juin, j’ai passé l’examen. Et figurez-vous que j’ai réussi ! 

Barbe de 4 jours est resté incrédule … moi aussi. Il m’aura fallu un été, 1000 km à mon actif avec toute ma petite famille derrière, pour avoir l’impression de mériter mon permis. Maintenant, je ne me sens pas encore totalement fiable, je me fais encore klaxonner,  j’ai la sensation de faire un nombre incalculables de boulettes sur la route mais je sais que cela viendra et qu’un jour prochain, je serai comme ces conducteurs qui prennent le volant comme on arpente les trottoirs … à l’aise et sereine !

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Je suis contente que cette aventure se soit terminée, elle m’a coûtée en énergie, en moral et en sous. Je suis fière de conduire toute la famille, d’avoir emmené tout le monde en vacances ou dans la région parisienne. Je ne sais pas si le jeu en valait la chandelle mais le principal pour moi est d’être arrivée au bout. J’ai donc une pensée pour tous les apprentis conducteurs/trices qui ont tardé pour s’y mettre, ceux qui ont la trouille mais qui se lancent, ou ceux qui ont eu la flemme mais qui doivent s’y coller ! Big up et bon courage, vous allez y arriver !
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2 réponses »

  1. Oh! On dirait presque mon histoire.. comme je te comprends! Nous sommes plus que ce que nous pensons à avoir eu le permis tres tard, avec des difficultés… (ou pas du tout le permis d’ailleurs), mais les gens n’en parlent pas, c’est un peu la honte 😦
    Mais tu peux être fière de toi, tu as persévéré, tu n’as pas laissé tomber malgré toutes ces difficultés que je comprends à 100%. Et oui, tu vas finir par vraiment apprécier conduire, et quel sentiment de bien être de pouvoir être indépendante!! Bravo, tu n’as pas lâché et ça en vaut le coup

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