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Si c’était à refaire …

Je me rappellerai toujours cette conversation avec une copine qui ne voulait pas d’enfant, alors que la fin vingtaine, je couvais mon tout premier bébé. Cette copine, c’était une de celles qui m’avait ramassée à la petite cuillère après une rupture difficile, c’était celle qui m’avait entraînée dans un voyage régressif entre filles, un voyage où on avait fait les folles : boite de nuit, cocktail et baisers sous le porche avec de beaux inconnus ( bon en vrai il n’y en a eu qu’un). Bref, c’était la copine avec qui j’aimais sortir en toute insouciance.

De l’insouciance, c’est tout à fait le contraire de ce que représentait la maternité, pour elle comme pour moi. Seulement, dans mon cas, je pensais être prête à passer à cette étape de ma vie. Ce n’était pas un sentiment rationnel mais plutôt une pulsion, une envie profonde. Bien entendu, j’envisageais l’avenir comme une autruche. Enceinte, je savais que ma vie allait changer, j’avais vaguement peur mais sans trop me préparer je pensais que j’aviserai le moment venu. Cette amie de son côté, ne voulait tout simplement pas d’enfant. Elle avait trop vu la contrainte que cela représentait d’être mère, à travers le vécu de sa sœur. Elle n’éprouvait ni l’envie, ni la force de vivre cela.

Aussi, je me rappelle de cette conversation, celle où elle m’avait expliqué à quel point la maternité semblait être un tel fardeau, un empêchement permanent. S’empêcher de sortir, de voyager, d’avoir des hobbies et une vie après le travail, s’empêcher de quitter son conjoint si le besoin s’en faisait sentir, s’empêcher d’être heureuse tout simplement. Car elle ne concédait aucune ou très peu de contre-parties à cette vie faite de sacrifices. Je lui avais répondu que peu de gens semblaient pourtant regretter le choix d’avoir eu des enfants. Ce à quoi elle m’avait rétorqué cette phrase que je n’ai jamais oubliée « Mais parce que c’est tabou de le dire ! »

Je m’étais alors demandé s’il était réellement possible de regretter d’avoir eu des enfants,  est-ce que la grande majorité des parents bouillonnaient intérieurement et maudissaient secrètement ce choix d’avoir procrée ? Dans mes tripes, je ne le pensais pas, mais cette question, si elle ne m’a jamais véritablement concernée, est restée en suspens dans mon esprit.

Plusieurs années et deux petites filles plus tard, je prends bien plus la mesure de ce que demande la parentalité. Non pas en terme de sacrifices mais je dirais davantage en termes d’adaptabilité et concessions. C’est sur je ne peux pas faire tout ce que je veux, mais y-a-t-il un seul moment dans l’existence où on l’on est totalement libre et sans attache ? Certes, avoir des enfants est l’attache la plus forte de toutes.

Alors évidemment, parfois comme tous parents, je craque un peu. J’en ai assez des répétitions quotidiennes, des rythmes imposés, de devoir prendre sur moi à chaque bobos, chamailleries et autres déconvenues, prendre sur moi à chaque cris stridents et énervements des puces. Parfois, je rêve d’évasions, de voyages lointains et surtout d’une totale insouciance, parsemée de folie et fantaisie improvisée ! Je voudrais faire mille choses : prendre des cours de ceci ou de cela, rester tard au travail, siroter des cocktails le vendredi soir et partir sur un coup de tête. Je voudrais avoir du temps pour toutes mes idées, du temps pour chaque parcelle de ce que je pourrais être et que j’ai la sensation de sous-exploiter par manque de temps.

Est-ce que pour autant je regrette le choix d’être devenue mère ?

L’autre jour, nous parlions d’un petit troisième avec Barbe de 4 jours, le sujet n’est pas du tout d’actualité mais nous en parlions au conditionnel. Nous en étions arrivés à la conclusion que cela ne serait absolument pas raisonnable, voire même dommageable à certains points de vue. Cependant, je me suis aussi dit, dans le même temps, que si cela finissait par arriver, nous serions très heureux …

J’ai eu cette pensée, car ces dernières semaines, je n’ai pas arrêté de me dire que Petite R est certes épuisante mais dans le même temps incroyablement drôle et unique. Elle nous fait tous rire à longueur de journée. Je  lui trouve même à l’occasion, un air de Charlie Chaplin, avec son pantalon trop grand et sa dégaine inimitable. Bref, je me dis que je suis incroyablement heureuse de la connaitre, de l’avoir dans ma vie.

Je crois qu’au delà de la question du regret, il y a quelque chose qui transcende toutes les théories. Avoir un enfant, ce n’est pas juste avoir un enfant, c’est avoir cet enfant-là. La question n’est plus alors de savoir si on regrette d’avoir eu des enfants, mais de savoir si on pourrait regretter de l’avoir lui ou elle dans notre vie … La réponse est bien entendu non. Car alors on vit avec un être totalement et entièrement unique. Un être qu’en tant que parent, on connait comme personne, et qu’on a le privilège de voir évoluer, grandir, s’interroger sur le monde. Cet enfant-là et ces enfants-là que l’on met au monde, ils ne sont pas décrits sur le papier. On les apprend au jour le jour, ils nous entraînent dans leur quête comme un partenaire du monde, au regard neuf.

Partant de là, je ne me vois pas regretter de les avoir eus. Ce serait comme de regretter une part de moi, une part du voyage de ma vie, et peut-être, surement, la plus belle.

Je ne dis pas que cela annihile toutes les contraintes, mais je dirais que cela les dépasse, comme si en devenant parent, on passait à un autre niveau de perception des choses. Sans en arriver à l’extrême de s’oublier totalement en tant qu’individu ce qui serait plus triste qu’autre chose, ce sont eux, ces petits êtres qui arrivent à nous faire avaler la pilule des nuits pourries, des crises de nerfs et des négociations permanentes. Et, en ce qui me concerne, je l’accepte volontiers. C’est le rire clair, les bons mots, la gentillesse, la curiosité mais aussi la paresse de ma Minicap, ce sont les éclats de rire, les facéties, l’infinie tendresse, les bouderies et les énervements de ma Petite R. Ce sont toutes ces choses qui font que si c’était à refaire … je signerais à nouveau.

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19 réponses »

  1. Oh que tout est bien dit!! Je ne sais pas si tu as ce sentiment, mais souvent j’ai du mal à me soûler envie de ma vie lorsque les filles n’étaient pas la. J’ai l’impression qu’elle ont toujours été la, c’est un peu étrange ce sentiment. Tout ça pour dire que je n’imagine vraiment pas me passer d’elle. Tout comme toi, certains jours je craque, je déborde, j’étouffe même, mais ce n’est que quelques moments face à une mutlitudes d’autres moments magiques, pleins de folie, de naïveté, de joie. J’hesitais aussi sur un petit troisième, mais c’est la vie qui a décidé pour nous puisqu’un bébé surprise est venu s’installer dans mon ventre en Décembre. Sur le coup, j’ai été prise de panique, en me demandant comment je gerererait les bobos de l’hivers, les chamailleries, bref, tout l’aspect compliqué, et puis ce qui m’a vite rattrapée c’est qu’en fait, ça sera juste encore plus de bonheur à la maison, et la, je me dis que je remercie le ciel pour ce cadeau de noël!!

  2. Très beau texte et très touchant. Quant à moi, en te lisant, je me dis que je ne me suis jamais posé la question du regret : j’ai mis ma fille au monde point, elle est là je ne peux pas la regretter.
    Là où je m’en veux de l’avoir mise au monde parfois, est la peur viscérale qu’il lui arrive quelque chose, qu’elle soit malheureuse, qu’on lui fasse du mal. Une peur complètement hors norme qui me paralyse et que je n’arrive pas à raisonner même si je dois la laisser vivre et essayer.

    • Je ne me suis jamais vraiment demandé si je regrettais d’avoir eu mes enfants. C’est plus une question que je me suis posée ponctuellement et souvent en discutant avec des non mamans d’ailleurs qui me posaient la question !
      Je connais cette peur viscérale, elle ne part jamais totalement mais chez moi elle s’est apaisée avec ma deuxième. puce.

  3. Superbe article qui résonne en moi. Je n’ai probablement pas encore suffisamment de recul sur ce nouveau statut de parent, mais je pense me retrouver dans ton discours. Merci !
    Et au fait, tu ne nous as pas dit: ton amie a fini par changer d’avis ou non ?

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